« Sur TikTok, ils disent que le Morosil est aussi efficace que les injections GLP-1 ! » : quand une patiente me demande si c’est vrai

 
Femme consultant son smartphone, entourée de points d’interrogation, illustrant les doutes face aux promesses de perte de poids et au Morosil sur les réseaux sociaux, notamment TikTok.
 
 

« Vous connaissez le Morosil ? Sur TikTok, ils disent que c’est aussi efficace que les piqûres pour maigrir. C’est vrai ? »

C’est la question qu’une patiente m’a posée récemment en consultation.

Elle illustre une réalité que je rencontre de plus en plus souvent au cabinet : des patients qui ne savent plus à qui se fier, entre les compléments alimentaires présentés comme miraculeux, les témoignages spectaculaires sur les réseaux sociaux et les véritables avancées médicales.

Car si les nouveaux traitements de l’obésité ont réellement bouleversé sa prise en charge, une question essentielle demeure : que deviennent les kilos perdus lorsque le traitement s’arrête ?

Un récent rapport de l’Académie nationale de médecine apporte des éléments particulièrement éclairants sur ce sujet.

Et nous ramène à une réalité que je rappelle régulièrement à mes patients : perdre du poids est une chose, réussir à ne pas le reprendre en est une autre.

Morosil : que se cache-t-il derrière les promesses de TikTok ?

Le Morosil est un extrait d’orange sanguine Moro, riche en anthocyanes, des pigments naturels de la famille des polyphénols.

Commercialisé sous forme de complément alimentaire, il est présenté sur les réseaux sociaux comme une solution minceur, parfois sans changement d’alimentation ni activité physique supplémentaire.

Mais que montrent réellement les études ?

Une étude clinique publiée en 2022 dans la revue Nutrients, menée pendant six mois auprès d’adultes en surpoids, a observé une perte de poids moyenne de 4,2 % avec l’extrait d’orange Moro, contre 2,2 % avec un placebo.*

Les participants bénéficiaient également de recommandations alimentaires et d’activité physique. L’étude était par ailleurs financée par le fabricant de l’extrait.

Une méta-analyse plus récente, regroupant trois essais cliniques et 252 participants, rapporte une perte de poids supplémentaire moyenne d’environ 2 kg par rapport au placebo.**

Ces résultats suggèrent un effet modeste, mais les études restent peu nombreuses et ne permettent pas de conclure à une efficacité durable.

Le Morosil peut-il alors être considéré comme aussi efficace que les injections GLP-1 ?

Non. Les données scientifiques disponibles ne démontrent aucune efficacité comparable à celle de ces médicaments, dont les effets sur le poids sont nettement plus importants.

Une promesse séduisante ne constitue pas une preuve d’efficacité.

GLP-1 : une véritable révolution dans le traitement de l’obésité

Les médicaments agissant sur les récepteurs du GLP-1 représentent, quant à eux, une avancée majeure dans la prise en charge de l’obésité.

Parmi ces traitements figurent le liraglutide (Saxenda) et le sémaglutide (Wegovy, Ozempic), tous deux agonistes du récepteur du GLP-1, ainsi que le tirzépatide (Mounjaro), double agoniste des récepteurs du GIP et du GLP-1.

Ces médicaments agissent notamment sur les mécanismes de régulation de la faim et de la satiété, contribuant à réduire les apports alimentaires.

Les pertes de poids observées dans les essais cliniques sont importantes :***

  • Environ 8 % avec le liraglutide.

  • Environ 15 % avec le sémaglutide.

  • Jusqu’à 20 à 23 % avec le tirzépatide.

Ces résultats proviennent d’études menées sur des populations et des durées différentes. Ils ne constituent donc pas une garantie individuelle.

Au-delà de la perte de poids, certains de ces traitements ont également démontré des bénéfices métaboliques et cardiovasculaires.

Leur efficacité ne doit cependant pas faire oublier leurs effets indésirables, principalement digestifs : nausées, vomissements, diarrhées ou constipation. Des complications plus rares nécessitent également une surveillance médicale.

Ces médicaments constituent une véritable avancée thérapeutique. Mais leurs résultats peuvent-ils être maintenus après l’arrêt du traitement ?

Mais que deviennent les kilos perdus après l’arrêt du traitement ?

Dans son rapport du 16 juin 2026, l’Académie nationale de médecine attire l’attention sur une difficulté majeure : maintenir les bénéfices obtenus après l’arrêt des traitements.

64 % des patients interrompent leur traitement au cours de la première année

Ce chiffre, issu de données de vie réelle citées par l’Académie, est particulièrement interpellant.****

Les raisons de ces interruptions sont multiples : effets indésirables, coût du traitement, contraintes liées à sa poursuite ou attentes des patients.

Il ne signifie pas que ces médicaments sont inefficaces, mais souligne la difficulté de poursuivre une prise en charge médicamenteuse au long cours.

Environ deux tiers du poids perdu peuvent être repris après l’arrêt

Selon les études citées par l’Académie, les patients peuvent reprendre, en moyenne, environ deux tiers du poids perdu dans l’année suivant l’interruption du traitement.*****

Concrètement, une personne ayant perdu 15 kg pourrait en reprendre environ 10.

Il s’agit d’un ordre de grandeur observé dans certaines études, et non d’une évolution inévitable pour chaque patient.

Cette reprise s’explique notamment par des mécanismes biologiques qui favorisent le retour du poids après un amaigrissement : augmentation de la faim, modifications de la satiété et adaptations de la dépense énergétique.

La reprise de poids ne peut donc pas être réduite à un manque de volonté.

Des traitements à envisager sur le très long terme ?

Face à ces constats, l’Académie nationale de médecine recommande d’envisager ces médicaments comme des traitements potentiellement à vie, faute de données scientifiques suffisantes permettant de définir des stratégies d’arrêt durablement efficaces.******

Cela ne signifie pas que chaque patient devra nécessairement poursuivre son traitement toute sa vie.

Cette recommandation souligne néanmoins une limite importante de nos connaissances : nous savons obtenir des pertes de poids considérables, mais nous ne disposons pas encore de stratégies d’arrêt suffisamment validées pour en préserver durablement les bénéfices.

Perdre du poids, oui… mais perdre quoi exactement ?

Les kilos perdus ne correspondent pas exclusivement à de la graisse.

Selon les études, la diminution de la masse maigre peut représenter environ 25 à 40 % du poids total perdu sous traitement agissant sur les récepteurs des incrétines.*******

Attention toutefois à ne pas confondre masse maigre et masse musculaire : la masse maigre comprend notamment les muscles, mais aussi l’eau, les organes et d’autres tissus. Sa diminution ne correspond donc pas nécessairement à une perte musculaire équivalente.

Ce phénomène n’est pas spécifique aux traitements médicamenteux : il peut accompagner toute perte de poids importante.

D’où l’importance d’un accompagnement nutritionnel adapté, d’apports protéiques suffisants et d’une activité physique incluant du renforcement musculaire.

Car la qualité de la perte de poids compte autant que les kilos affichés sur la balance.

Le véritable défi : ne pas reprendre les kilos perdus

Après toutes ces années de consultations, j’en suis convaincue : perdre du poids n’est pas toujours le plus difficile. Le véritable défi, c’est de réussir à ne pas le reprendre.

C’est pourquoi, dès la première consultation, alors même que mes patients n’ont pas encore perdu un seul kilo, je leur parle déjà de stabilisation.

Car la stabilisation ne commence pas lorsque l’on atteint son objectif de poids. Elle se construit dès le premier jour, dans la manière même dont on entreprend de maigrir.

Je ne crois pas aux régimes qui imposent des frustrations permanentes, des interdits et des sacrifices impossibles à maintenir dans la durée. Une perte de poids obtenue au prix de trop nombreuses privations risque fort de ne pas résister à l’épreuve du temps.

C’est pour cette raison que je laisse toute leur place aux plaisirs alimentaires, aux repas entre amis, aux invitations et même aux écarts. Il ne s’agit pas de manger parfaitement pendant quelques mois, mais de trouver un équilibre suffisamment souple et satisfaisant pour pouvoir le conserver pendant des années.

J’insiste également auprès de mes patients sur l’importance de ne pas laisser une reprise de poids s’installer. Non pas pour les inciter à surveiller obsessionnellement la balance, mais pour leur apprendre à reconnaître une tendance et à réagir avant qu’elle ne devienne plus difficile à inverser.

L’objectif n’est pas de suivre un régime jusqu’à atteindre un certain poids, puis de recommencer à vivre. C’est de construire une façon de manger avec laquelle on puisse continuer à vivre, tout simplement.

Cette place essentielle du plaisir, de nos habitudes et de notre relation à l’alimentation est aussi au cœur de mon livre De quoi avons-nous faim ?

Si cette réflexion vous intéresse, je vous invite à découvrir gratuitement un extrait de mon livre en cliquant sur son titre ci-dessous.

De quoi avons-nous faim ?

Références scientifiques

* Morosil : essai clinique randomisé (2022)
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8838101/

** Morosil : méta-analyse
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40956687/

*** Traitements injectables contre l’obésité : efficacité
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12711348/

**** GLP-1 : interruption des traitements
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11786232/

***** Sémaglutide : reprise de poids après l’arrêt
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9542252/

****** Académie nationale de médecine : rapport sur l’obésité (2026)
https://www.academie-medecine.fr/les-agonistes-des-recepteurs-aux-incretines-dans-le-traitement-de-lobesite-entre-efficacite-clinique-ethique-et-economie-de-la-sante/

******* Traitements par incrétines : évolution de la masse maigre
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41877354/

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