GLP-1 : perdre du poids, mais à quel prix ?
Les agonistes du GLP-1 ont profondément changé la prise en charge de l’obésité. Leur efficacité sur la perte de poids est réelle, parfois spectaculaire, et il ne s’agit certainement pas ici de la nier.
Mais à mesure que leur utilisation s’étend, le discours qui les entoure me semble prendre une place considérable, au point de donner parfois l’impression que nous tiendrions enfin la réponse au problème du poids. À mon sens, il y a aujourd’hui beaucoup trop de marketing autour de ces traitements et pas toujours assez de place laissée aux questions qu’ils soulèvent.
Dans ma pratique, je commence à recevoir des patients qui ont arrêté leur traitement. Certains ont perdu beaucoup de poids, parfois au prix d’un investissement financier considérable. Puis les kilos reviennent. Avec eux reviennent les interrogations, le découragement et, parfois, la perspective de devoir reprendre le traitement pour conserver le bénéfice obtenu.
Ces situations rencontrées au cabinet ne constituent évidemment pas une étude scientifique. Mais elles m’ont donné envie de retourner aux études, précisément : que savons-nous réellement de la reprise de poids après l’arrêt ? Combien de patients poursuivent ces traitements dans la vraie vie ? Que perd-on exactement lorsque le poids baisse ? Quels effets indésirables sont aujourd’hui établis et quels signaux continuent d’émerger ? Et si ces médicaments doivent être pris pendant des années, voire beaucoup plus longtemps, de quel recul disposons-nous réellement ?
Parce qu’un traitement peut être très efficace et mériter, justement pour cette raison, que l’on regarde aussi ce qui se passe derrière la perte de poids.
Ils fonctionnent. Mais que se passe-t-il lorsqu’on arrête ?
Commençons par ce qui ne fait guère débat : ces traitements peuvent entraîner des pertes de poids importantes. Dans l’étude STEP 1, menée chez 1 961 adultes en surpoids ou en situation d’obésité, sans diabète, le sémaglutide 2,4 mg associé à des mesures hygiéno-diététiques a entraîné une perte de poids moyenne de 14,9 % à 68 semaines, contre 2,4 % sous placebo [1]. La moitié des participants traités avaient perdu au moins 15 % de leur poids initial.
Mais l’histoire devient différente lorsque le traitement s’arrête. Dans l’extension de STEP 1, les participants suivis après l’arrêt du sémaglutide avaient repris, un an plus tard, environ les deux tiers du poids qu’ils avaient perdu [2]. Plusieurs des améliorations cardiométaboliques observées pendant le traitement évoluaient également de nouveau vers leurs valeurs initiales.
Le même phénomène apparaît avec le tirzépatide. Dans SURMOUNT-4, les participants avaient perdu en moyenne 20,9 % de leur poids après 36 semaines de traitement. Ceux qui ont ensuite été randomisés vers le placebo ont repris en moyenne 14 % de leur poids au cours des 52 semaines suivantes, tandis que ceux qui poursuivaient le tirzépatide perdaient encore 5,5 % [3].
Ces médicaments fonctionnent donc. Mais une question essentielle apparaît immédiatement : sommes-nous face à un traitement permettant de perdre du poids, ou à un traitement qu’il faudra poursuivre durablement pour maintenir cette perte ?
Et les conséquences de l’arrêt pourraient ne pas être uniquement pondérales et métaboliques. Une étude de cohorte publiée en 2026 dans Nature Metabolism, chez des personnes atteintes de diabète de type 2, a observé après l’arrêt des agonistes du récepteur du GLP-1 une augmentation du risque de troubles dépressifs et anxieux par rapport à d’autres traitements antidiabétiques [4]. Il s’agit d’une association et non de la démonstration d’un lien de causalité. Mais cette donnée récente ajoute une question supplémentaire : l’après-traitement devrait-il également faire l’objet d’une vigilance psychologique ?
Un traitement efficace… que beaucoup finissent pourtant par arrêter
Les essais cliniques nous disent ce qui se passe dans des conditions très encadrées. Mais qu’en est-il dans la vraie vie ? Une vaste étude danoise publiée en 2026 a suivi 157 822 personnes ayant commencé un traitement par sémaglutide pour la prise en charge de l’obésité. À douze mois, 49 % avaient interrompu leur traitement [5].
Ce chiffre mérite cependant d’être interprété avec prudence : arrêter ne signifie pas nécessairement ne pas supporter le médicament. Les raisons sont multiples. Les données disponibles évoquent notamment les effets indésirables digestifs, une efficacité jugée insuffisante, le coût du traitement ou encore la crainte d’effets indésirables rares [6]. Certaines interruptions peuvent également être temporaires : dans l’étude danoise, environ un patient sur quatre ayant arrêté avait repris le sémaglutide dans les trois mois [5].
Nous nous retrouvons donc face à un paradoxe : le maintien de la perte de poids semble souvent nécessiter la poursuite du traitement, alors qu’en conditions réelles une proportion importante des patients finit par l’interrompre.
Derrière ces chiffres, il y a aussi ce que je commence à observer au cabinet. Je pense notamment à une jeune femme que j’ai reçue après l’arrêt de son traitement. Elle avait perdu 24 kilos en un peu plus d’un an, avec un traitement qu’elle avait financé elle-même, à raison d’environ 300 euros par mois. Deux mois après l’arrêt, elle avait déjà repris 5 kilos.
Au-delà de cette reprise de poids, c’est surtout son désarroi qui m’a marquée. Après avoir obtenu un résultat qu’elle n’avait jusque-là jamais réussi à atteindre, elle se retrouvait confrontée à une alternative difficile : parvenir à maintenir cette perte sans le médicament ou envisager de reprendre un traitement coûteux qu’elle avait déjà financé pendant plus d’un an.
Cette situation n’est pas isolée dans ma pratique. Je reçois aujourd’hui plusieurs personnes qui, après l’arrêt d’un agoniste du récepteur du GLP-1, se retrouvent confrontées à une reprise de poids parfois rapide. Ce ne sont pas des données scientifiques et je me garderai bien d’en tirer une généralité. Mais lorsque ce que j’observe au cabinet rejoint ce que montrent les études, il me semble difficile de ne pas poser la question : que prévoit-on pour l’après ?
Perdre du poids, oui. Mais que perd-on réellement ?
Lorsqu’on parle de l’efficacité de ces traitements, le chiffre qui retient naturellement l’attention est celui affiché sur la balance. Pourtant, une perte de poids n’est jamais constituée uniquement de masse grasse. Elle s’accompagne aussi d’une diminution de la masse maigre, dont fait notamment partie la masse musculaire.
Une méta-analyse publiée en 2026, regroupant 20 essais randomisés et 15 782 participants, permet de mieux quantifier ce phénomène. Avec les traitements à base d’incrétines, la masse maigre représentait entre 25 et 39 % du poids total perdu. Pour le sémaglutide (Wegovy®), cette proportion était estimée à 35,2 %, contre 25,4 % pour le tirzépatide (Mounjaro®) et 26,8 % pour le liraglutide [7].
Les données de SURMOUNT-1 vont dans le même sens : dans une sous-étude réalisée par DXA, les participants sous tirzépatide (Mounjaro®) avaient perdu en moyenne 21,3 % de leur poids à 72 semaines. Environ 74 % de cette perte correspondait à de la masse grasse et 26 % à de la masse maigre [8].
Il faut cependant éviter un raccourci : masse maigre ne signifie pas masse musculaire. Elle comprend notamment les muscles, mais aussi l’eau corporelle, les organes et d’autres tissus non graisseux. Ces résultats ne permettent donc pas d’affirmer que « 35 % du poids perdu est du muscle », ni que ces traitements provoquent à eux seuls une dénutrition.
Et une autre donnée mérite d’être soulignée : cette perte de masse maigre n’est pas propre aux traitements à base d’incrétines. Dans la même méta-analyse, les interventions intensives sur le mode de vie entraînaient une proportion comparable de perte de masse maigre, autour de 26,2 %. En revanche, lorsque l’intervention comportait un entraînement en résistance, cette proportion descendait à 17,5 % [7].
La question n’est donc pas seulement de savoir combien de kilos sont perdus, mais dans quelles conditions ils le sont. Une perte pondérale importante devrait aussi conduire à s’interroger sur la préservation de la masse maigre, en particulier chez les personnes âgées ou fragiles, et sur la place de l’alimentation, d’un apport protéique adapté et de l’activité physique — notamment du renforcement musculaire — pendant le traitement. La méta-analyse souligne précisément l’intérêt du renforcement musculaire, d’un apport protéique adéquat et du suivi de la composition corporelle pour préserver la masse maigre [7].
Des effets indésirables connus… et des signaux qui continuent d’émerger
Les effets indésirables des agonistes du récepteur du GLP-1 sont aujourd’hui bien documentés. Les plus fréquents sont digestifs : nausées, vomissements, diarrhées, constipation ou douleurs abdominales. Ils surviennent notamment lors de l’instauration du traitement ou de l’augmentation des doses et peuvent, chez certains patients, conduire à une diminution de la dose ou à l’arrêt du traitement [9].
D’autres complications, moins fréquentes mais potentiellement plus sérieuses, font également l’objet d’une surveillance : pancréatites aiguës, pathologies biliaires, déshydratation pouvant favoriser une atteinte rénale, ou encore ralentissement important de la vidange gastrique [9].
Il ne s’agit donc pas ici de dresser une longue liste d’effets indésirables déjà largement décrits. Ce qui m’interroge davantage, c’est que, parallèlement à l’utilisation croissante de ces médicaments, de nouveaux signaux continuent d’être rapportés.
Plus près de chez moi, une publication récente du CHU de Nice a particulièrement retenu mon attention. Le Dr Delphine Viard, le Dr Philippe Rey et le Dr Alexandre Gérard ont rapporté le cas d’une patiente ayant développé une cytolyse hépatique importante au cours d’un traitement par sémaglutide, avec un tableau évoquant une hépatite auto-immune [10].
Un cas clinique isolé ne permet évidemment pas d’établir qu’un médicament est responsable d’un effet indésirable, encore moins d’en déterminer la fréquence. Il ne permet pas davantage de conclure que les agonistes du récepteur du GLP-1 présentent un risque hépatique important pour l’ensemble des patients.
Mais c’est précisément ainsi que fonctionne aussi la pharmacovigilance : des événements rares peuvent ne devenir visibles qu’après la diffusion beaucoup plus large d’un médicament dans la population. Leur publication permet de documenter ces signaux, de les confronter à d’autres observations et, si nécessaire, de faire évoluer la surveillance.
Et c’est probablement l’un des points qui mérite le plus notre attention aujourd’hui. Ces traitements sont désormais prescrits à une population considérable et pourraient, pour beaucoup de patients, être poursuivis pendant des années. Nous disposons d’études solides sur leur efficacité et d’un nombre croissant de données sur leur sécurité, mais nous ne disposons évidemment pas encore de plusieurs décennies d’utilisation dans le traitement de l’obésité.
Cela ne signifie pas qu’il faille suspecter ces médicaments de provoquer demain des complications que nous ne connaissons pas. Cela signifie simplement que l’ampleur de leur diffusion doit aller de pair avec la même exigence concernant la pharmacovigilance et le recul.
Et si le traitement devait durer des années ?
Dire que nous n’avons aucun recul sur ces traitements serait inexact. L’étude SELECT, qui a inclus 17 604 personnes en surpoids ou en situation d’obésité présentant une maladie cardiovasculaire mais sans diabète, apporte aujourd’hui jusqu’à quatre années de données avec le sémaglutide (Wegovy®). À 208 semaines, la perte de poids moyenne était encore de 10,2 %, contre 1,5 % sous placebo [11].
Quatre ans constituent un recul important. Mais quatre ans ne sont pas dix, vingt ou trente ans. Or, si la reprise pondérale après l’arrêt conduit une partie des patients à poursuivre le traitement durablement, nous devons envisager que certaines personnes commencent aujourd’hui un médicament qu’elles prendront peut-être pendant une grande partie de leur vie.
Cette question prend une dimension particulière lorsque l’on regarde désormais du côté des enfants et des adolescents. Aux États-Unis, le sémaglutide (Wegovy®) est déjà autorisé dans le traitement de l’obésité à partir de 12 ans [12]. Et la recherche descend aujourd’hui encore plus bas dans les âges : le liraglutide a fait l’objet d’un essai randomisé chez des enfants âgés de 6 à moins de 12 ans [13], tandis que le sémaglutide est désormais lui aussi étudié dans cette tranche d’âge.
Cela ne signifie pas que le sémaglutide soit actuellement autorisé à partir de 6 ans. Mais cette évolution pose une question qui me paraît essentielle : si ces traitements doivent être poursuivis durablement pour maintenir leur bénéfice, quelle sera la durée d’exposition d’un enfant qui commencerait à 12 ans — et peut-être demain encore plus tôt ?
Nous changeons alors complètement d’échelle lorsqu’il s’agit de parler de recul. Un traitement débuté pendant l’enfance ou l’adolescence pourrait théoriquement accompagner une personne pendant plusieurs décennies.
Cette perspective m’incite à une certaine prudence. L’histoire du médicament nous a déjà appris que certains effets indésirables rares ne deviennent pleinement visibles qu’après une utilisation très large et un recul suffisant. L’Isoméride et le Mediator en sont deux exemples qui ont profondément marqué l’histoire sanitaire française.
La comparaison doit toutefois s’arrêter là : ces médicaments appartiennent à des classes pharmacologiques différentes et il n’existe aujourd’hui aucun élément permettant d’établir un parallèle entre leurs risques et ceux des agonistes du récepteur du GLP-1. Les évoquer ici ne revient donc pas à suggérer que l’histoire se répétera.
Ils nous rappellent simplement une chose : les données dont nous disposons aujourd’hui ne permettent pas de connaître ce que plusieurs décennies d’exposition révéleront ou non. Nous n’avons aujourd’hui aucune raison d’affirmer que les agonistes du récepteur du GLP-1 feront apparaître demain des complications comparables. Mais nous ne disposons pas non plus de vingt ou trente années de recul pour répondre à cette question.
Plus un traitement est appelé à être prescrit largement, tôt et longtemps, plus la pharmacovigilance et le suivi de ses effets à long terme deviennent essentiels.
Un traitement au long cours… mais à quel coût ?
La question de la durée du traitement en entraîne inévitablement une autre : celle de son coût. Elle se pose d’abord pour les patients lorsque le médicament reste à leur charge. Je pense à cette jeune femme évoquée plus haut, qui avait dépensé environ 300 euros par mois pendant plus d’un an pour son traitement. À cette échelle, nous ne parlons déjà plus d’une dépense ponctuelle, mais de plusieurs milliers d’euros.
Mais la question devient également collective dès lors que ces traitements sont pris en charge par l’Assurance maladie. Depuis juin 2026, Wegovy® et Mounjaro® peuvent être remboursés en France dans certaines situations d’obésité sévère et selon des conditions précises [14]. Ce choix permet l’accès au traitement à des patients qui peuvent réellement en bénéficier, mais il fait aussi entrer son coût dans celui de notre système de santé.
Ce coût ne peut évidemment pas être considéré isolément : une perte de poids importante peut aussi prévenir ou améliorer des pathologies extrêmement coûteuses — diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, syndrome d’apnées du sommeil ou complications articulaires, notamment. Un traitement efficace peut donc générer des dépenses tout en permettant d’en éviter d’autres.
Toute la difficulté est ailleurs : si ces médicaments doivent être prescrits à une population importante et poursuivis pendant des années, quel sera leur coût à long terme pour notre système de santé, et chez quels patients leur bénéfice justifiera-t-il cette dépense ?
La question n’est donc pas de savoir si ces traitements « coûtent trop cher », mais de déterminer à qui ils apportent un bénéfice suffisamment important pour justifier un traitement potentiellement prolongé. Et cela nous ramène, une nouvelle fois, à la pertinence de l’indication.
La Haute Autorité de santé est d’ailleurs très claire sur ce point : le traitement médicamenteux de l’obésité intervient en seconde intention, après l’échec d’une prise en charge nutritionnelle et d’une activité physique bien conduites, qui doivent ensuite être poursuivies pendant le traitement [14]. Ce principe est essentiel : le médicament n’est pas censé se substituer à la prise en charge de l’obésité, mais venir la compléter lorsqu’elle ne suffit pas.
Du médicament au « produit miracle » : qu’entendent réellement les patients ?
Il existe, à mon sens, un décalage croissant entre la complexité de ces traitements et l’image extrêmement simple qui en est parfois donnée au public. Une injection, une diminution de l’appétit, des pertes de poids parfois spectaculaires : le message est puissant. Il peut facilement faire oublier tout ce que nous venons d’évoquer — reprise pondérale fréquente après l’arrêt, traitement potentiellement prolongé, perte de masse maigre, effets indésirables, coût et nécessité d’un accompagnement dans la durée.
Ce décalage n’est pas qu’une impression. Une étude ayant analysé 219 vidéos TikTok consacrées au sémaglutide a montré que 71 % ne mentionnaient aucun risque, tandis que seulement 11,9 % évoquaient au moins un risque grave. Dans près de 8 vidéos sur 10, la perte de poids était présentée comme un bénéfice sans mentionner la nécessité de modifications du mode de vie [15].
C’est précisément ce qui m’interroge dans ma pratique. Beaucoup de personnes connaissent aujourd’hui le nom de ces médicaments avant même de connaître leurs indications, leurs limites ou ce qu’implique leur arrêt. Et lorsque la perte de poids devient le seul message entendu, le médicament peut finir par être perçu non plus comme un outil thérapeutique destiné à certaines situations, mais comme la réponse au problème du poids.
Or cette représentation est très éloignée des recommandations que nous venons d’évoquer. La Haute Autorité de santé positionne ces traitements en seconde intention, après une prise en charge nutritionnelle et une activité physique bien conduites [14]. Le traitement médicamenteux ne devrait donc pas être présenté comme une alternative à cette prise en charge, mais comme un outil supplémentaire lorsque celle-ci ne suffit pas.
C’est là que le marketing autour de ces traitements me paraît parfois contre-productif. À force de mettre en avant des pertes de poids spectaculaires, nous risquons de faire oublier une réalité beaucoup moins spectaculaire : l’obésité reste une maladie complexe, multifactorielle, qui ne se résume ni à l’appétit ni au chiffre affiché sur une balance.
Ni produit miracle, ni médicament à écarter
Après avoir soulevé toutes ces questions, ma conclusion n’est certainement pas que ces traitements n’ont pas leur place dans la prise en charge de l’obésité. Ils fonctionnent, parfois de manière spectaculaire, et pour certains patients leur bénéfice potentiel peut être considérable.
Je pense notamment à un patient que j’ai reçu au cabinet avec un poids de 260 kilos. Son obésité avait déjà un retentissement très concret sur sa vie quotidienne. Ne pouvant pas emprunter le petit ascenseur permettant d’accéder à mon cabinet situé au troisième étage, il avait dû monter les trois étages à pied. Lorsqu’il est arrivé, il était dans un état d’essoufflement et d’épuisement qui témoignait, à lui seul, de l’importance de son handicap.
Quinze jours après notre première consultation, il avait déjà perdu 2,5 kilos grâce aux changements alimentaires que nous avions mis en place. Malheureusement, je ne l’ai ensuite jamais revu. Dans une situation d’obésité aussi sévère, avec un retentissement fonctionnel déjà majeur et les risques médicaux qui l’accompagnent, la question d’un traitement médicamenteux complémentaire aurait, à mon sens, pleinement mérité d’être posée dans son parcours de soins.
C’est aussi pour cela que je me méfie des positions trop simples. Présenter ces médicaments comme dangereux ou inutiles serait aussi réducteur que de les présenter comme une solution miracle. La véritable question est celle de l’indication, de l’information du patient et de l’accompagnement.
Avant de commencer un traitement potentiellement prolongé, un patient devrait savoir ce que nous savons, mais aussi ce que nous ne savons pas encore. Il devrait connaître l’efficacité attendue, les effets indésirables, la possibilité d’une reprise de poids après l’arrêt, la nécessité de préserver sa masse musculaire, et comprendre que le médicament ne dispense ni d’un travail sur l’alimentation ni d’une activité physique adaptée.
Car perdre du poids n’est pas seulement faire baisser un chiffre sur une balance. L’objectif reste de permettre à une personne de retrouver une relation plus sereine avec son alimentation et son poids, d’améliorer sa santé et de construire une manière de vivre suffisamment durable et habitable pour elle.
C’est probablement ce qui me gêne le plus dans le discours très marketing qui entoure aujourd’hui ces traitements : il réduit parfois une prise en charge complexe à la promesse d’une perte de poids.
Un médicament efficace contre l’obésité mérite mieux qu’une publicité permanente : il mérite une indication juste, une information complète et un véritable accompagnement.
Références
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[15] Campos-Rivera PA et al. Quality of information and social norms in Spanish-speaking TikTok videos as levers of commercial practices: The case of semaglutide. Social Science & Medicine, 2025 ; 366 : 117646. 🌐 PubMed

